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Traitement hormonal masculinisant

Le traitement hormonal d’affirmation de genre (THAG) est un procédé médical qui implique la prise d’hormones sexuelles afin de favoriser certains changements physiques. Il permet d'induire des modifications corporelles en accord avec l’identité de genre de la personne concernée.

Le traitement hormonal d’affirmation de genre est une option parmi d’autres et non une obligation pour affirmer son identité de genre. Un traitement hormonal n’est pas une étape obligatoire d’une transition, et chaque personne est libre d'interrompre ou d’arrêter à tout moment un traitement entamé si celui-ci ne convient pas. L’essentiel est de se sentir en accord avec soi-même et de ne pas se laisser influencer par des pressions extérieures, qu’elles proviennent de la famille, des professionnel·les de santé ou de la société. Une transition est avant tout un choix personnel, et toutes les démarches entreprises doivent être faites pour soi, en toute liberté.

Une illustration colorée d'une personne effectuant une auto-injection dans la cuisse.

Types de traitement hormonal masculinisant

Le traitement hormonal masculinisant est centré autour d’une seule substance : la testostérone. Quand la testostérone est introduite dans l’organisme à des taux proches de ceux d’un homme cisgenre, elle a un double effet : elle réduit les taux d’hormones féminines (œstrogènes, progestérone) et induit des effets masculinisants. Il n’est généralement pas nécessaire de coupler la testostérone avec d’autres substances pour obtenir des résultats satisfaisants.

Testostérone

Il existe plusieurs façons de prendre de la testostérone. La plus commune est l’injection en intramusculaire de Sustanon, qui s’injecte généralement à raison d’une ampoule par cycle de trois semaines. Le gel transdermique est également une option, mais demande généralement une application quotidienne.

1. Injections intramusculaires (Sustanon, Nebido, Testosterone Besins)

Sustanon

Le Sustanon est l'une des options injectables les plus courantes. La diffusion du produit dans l’organisme est progressive, son action dure en moyenne 2 à 4 semaines. La posologie habituelle est d’une ampoule (1mL) toutes les trois semaines. Certains préfèrent cependant une prise plus régulière, comme une demi-ampoule tous les quinze jours, afin d'éviter les variations hormonales trop marquées. Le rythme et le volume d’injection peuvent être adaptés pour trouver le dosage qui convient à chacun·e.

L'injection se fait dans le muscle de la fesse, de la cuisse ou de l’épaule. La fesse est souvent décrite comme la zone la moins douloureuse, mais le plus important est votre niveau de confort. Au début du traitement, l’injection est généralement réalisée par un·e professionnel·le de santé (médecin ou infirmier·ère), mais il est possible d’apprendre à faire son injection soi-même, afin d’acquérir plus d’indépendance dans le processus hormonal. Plus d’informations : Faire une auto-injection.

Attention : ce produit contient de l’huile d’arachide et est contre-indiqué en cas d’allergie aux cacahuètes.

Nebido et Testosterone Besins

Le Nebido est une alternative à longue durée. Contrairement au Sustanon, il ne nécessite qu’une injection toutes les 10 à 14 semaines, car le produit utilisé a une durée de vie plus longue dans l’organisme. Cette méthode permet d’assurer un taux hormonal plus stable, limitant les fluctuations hormonales qui peuvent être ressenties quand les injections sont plus fréquentes. Le Testosterone Besins est le médicament générique du Nebido.

L’injection du Nebido/Besins est plus complexe, car il y a plus de liquide. Une mauvaise injection peut être dangereuse, car cela introduirait une quantité importante de liquide visqueux dans le sang et les poumons. Il est donc recommandé de faire faire l’injection par un·e professionnel·le de santé (médecin généraliste ou infirmier·ère - à noter que les soins infirmiers à domicile sont gratuits en Belgique). Seules quatre à cinq injections par an sont nécessaires.

Le désavantage de ce produit est son prix : le Nebido et le Besins sont tous les deux relativement coûteux et ne sont pas remboursés par la mutuelle.

2. Gel (Androgel, Testarzon)

Les gels à base de testostérone, comme l’Androgel ou le Testarzon, constituent une alternative aux injections. Ce mode d’administration permet d'éviter les piqûres, mais il nécessite une application quotidienne sur la peau (généralement les épaules et/ou les bras). Il est conseillé d’appliquer le gel tous les jours à la même heure, si possible après la douche. Les dosages varient entre 25 et 100 mg par jour, en fonction des besoins individuels et des résultats des analyses sanguines. Le gel n’a pas d’effet local : l’appliquer sur une partie du corps n’accentue pas les effets masculinisants sur cette partie.

Toutefois, le gel présente des inconvénients :

  • Il peut provoquer des irritations cutanées ou accentuer l’acné, à cause de la forte dose d’alcool présente dans le produit.
  • Il existe un risque de transfert cutané : il faut éviter tout contact peau à peau avec une autre personne avant que le gel ne soit totalement absorbé. Il est conseillé d'attendre au moins 6 heures (minimum 2 heures), puis de nettoyer la peau avant tout contact direct. Il n’y pas de risque de transfert si l’on touche une autre partie du corps ou si l’on touche la personne concernée à travers des vêtements.
  • Les concentrations hormonales dans le sang restent généralement plus faibles que celles obtenues par injection, ce qui risque de ne pas entraîner l’arrêt total des règles.

L’application quotidienne du gel et le risque de transfert sont considérés comme contraignants par de nombreuses personnes concernées. De plus, le prix des différents produits est relativement élevé et ceux-ci ne bénéficient pas d’un remboursement par la mutuelle.

Il y a deux situations où le gel est particulièrement intéressant :  

  1. si on craint trop les aiguilles ;
  2. si on préfère des changements plus lents en début de transition afin de s’assurer que ceux-ci conviennent, ou d’avoir plus de temps pour s’y habituer.
Voie orale

Les comprimés de testostérone ne sont plus disponibles à ce jour en Belgique. Cette option était assez contraignante, nécessitant une prise quotidienne de quatre à six comprimés, en plus d’avoir peu d’effets masculinisants et des effets négatifs sur le foie.

La liste des produits actuellement disponibles en Belgique est disponible sur le site du Transgender Infopunt (en Néerlandais).

Effets du traitement hormonal masculinisant

Chaque personne réagit différemment à un THM. Cependant les effets à attendre sont généralement ceux d’une puberté masculine assez classique. Les changements peuvent apparaître rapidement, souvent entre 3 et 6 mois après le début du traitement, la première année étant souvent la plus riche en changements visibles.  

La plupart des changements prennent cependant plusieurs années pour atteindre leur plein effet. Beaucoup d’effets commencent doucement et s’intensifient avec le temps, avant d'atteindre un certain plateau d’effet maximum, généralement après environ 3 ans de traitement hormonal.

Il est impossible de choisir les effets précis des hormones, car ceux-ci dépendent avant tout des caractéristiques biologiques et génétiques de chaque personne. Certaines personnes n’obtiendront jamais toutes les caractéristiques sexuées typiquement masculines, comme c’est le cas chez certains hommes cis.  

Tableau des effets du traitement hormonal masculinisant

Les premiers effets visibles sont généralement la mue de la voix, l’agrandissement du clitoris et le développement de la pilosité corporelle.

  • Mue de la voix : la voie devient de plus en plus grave, suite à l'épaississement des cordes vocales. Cela commence souvent par de légers maux de gorge, puis la voix déraille fréquemment et se fatigue plus rapidement et dévient progressivement de plus en plus grave. Il est possible d’être accompagné·e par un·e logopède ou orthophoniste durant ce processus, si celui-ci est inconfortable ou difficile à vivre.
  • La répartition des graisses change progressivement : elles s’accumulent petit à petit autour de l’abdomen plutôt que sur les hanches et les fesses. Cet effet est très graduel et peut prendre des années à se développer. Les hanches risquent de rester plus proéminentes, car les personnes ayant un utérus ont généralement un bassin plus large et la testostérone n’agit pas sur la structure osseuse.
  • La pilosité corporelle augmente, mais l’implantation et l’intensité de cette pilosité dépend fortement de la génétique. Les zones les plus communément touchées sont les jambes, le ventre, le torse, les avant-bras, le dos, les épaules et les fesses.  
  • La pilosité faciale se développe plus progressivement, sur plusieurs années. Là encore, l’apparition des poils sur le visage dépend d’une personne à l’autre : certain·es développent d’abord de la moustache, d’autres de la barbe sur le menton et/ou en-dessous de la mâchoire, …  
  • La perte de cheveux augmente et l’implantation capillaire recule. La calvitie est héréditaire : si les hommes cisgenres de la famille de la personne concernée ont de la calvitie, il y a beaucoup de chance que ce soit aussi son cas.
  • Agrandissement du clitoris (aussi appelé dicklit) : le clitoris s’allonge et gagne en volume, principalement dans les deux premières années de traitement. La peau nouvellement exposée est très sensible (voire légèrement douloureuse), mais cette sensibilité s’atténue avec le temps. La taille finale du dicklit dépend du patrimoine génétique de la personne : elle peut aller de quelques millimètres à plusieurs centimètres.
  • Arrêt des menstruations : la testostérone interrompt généralement les règles après quelques mois de traitement. Si des saignements persistent, des compléments hormonaux peuvent être envisagés.

D’autres effets souvent rapportés sont :  

  • le changement de l'odeur corporelle et l’augmentation de la transpiration ;
  • une augmentation de l’appétit ;
  • une sensation d’énergie accrue dans certains cas.

Le traitement hormonal n’agit pas sur :

  • l’agressivité : la testostérone ne rend pas plus agressif ou colérique. Comme toute influence hormonale, la prise de testostérone peut engendrer des sautes d’humeurs qui vont parfois dans le sens de la colère, mais ces effets ne durent en général que les quelques premiers mois. Si leur présence se fait trop forte ou trop longue, cela peut indiquer que le dosage n’est pas adapté.
  • la testostérone n’agit pas sur la structure osseuse, mais certaines personnes rapportent des douleurs articulaires liées à l’effet minéralisant de la testostérone sur les os, ainsi que des effets mineurs d’élargissement de la mâchoire, voire des pieds et des poignets ou mains. Si la croissance n’est pas terminée au début du traitement, la testostérone peut avoir un effet sur la taille finale d’une personne, mais ce n’est pas clair si la testostérone a tendance à arrêter ou stimuler la croissance.

Accès au traitement

Trouver un·e professionnel·le de santé

Aucune attestation psychiatrique ou psychologique n’est requise pour entamer un traitement hormonal d'affirmation de genre en Belgique. Si un·e professionnel·le de santé conditionne l’accès au traitement à un suivi psychologique, il est toujours possible de changer de médecin : notre répertoire ou les associations trans* ou LGBTQIA+ peuvent recommander un·e professionnel·le de santé safe.  

Deux types de professionnel·les de santé peuvent prescrire un traitement hormonal d'affirmation de genre : les endocrinologues et les médecins généralistes.

  • Les endocrinologues sont les médecins spécialistes des hormones et de leurs effets sur le corps, iels sont donc, en principe, les professionnel·les les mieux formé·es pour le suivi des traitements hormonaux. Cependant, la plupart d’entre elleux ne sont pas formé·es spécifiquement aux THAG et peuvent avoir des comportements discriminants (notamment exiger des attestations psychiatriques/psychologiques avant le début du traitement). De plus, l’attente pour obtenir un rendez-vous peut être longue et les consultations plus coûteuses.
  • Certain·es médecins généralistes sont formé·es au suivi des traitements hormonaux d’affirmation de genre. Les principaux avantages de consulter un·e médecin généraliste sont un accès plus rapide (moins d’attente pour un rendez-vous, plus présent·es sur le territoire), un coût moindre par rapport aux consultations spécialisées, et une vue plus globale sur la santé et le contexte de vie.

Certaines personnes préfèrent être suivies par un·e endocrinologue, notamment pour obtenir un bilan plus complet des niveaux hormonaux ou en cas de problèmes de santé qui pourraient interagir avec la prise d’hormones. Les endocrinologues sont en outre les seul·es habilité·es à remplir une demande de remboursement pour le Sustanon, le traitement hormonal masculinisant le plus courant.

Rendez-vous médicaux

Lors du premier rendez-vous, lae professionnel·le de santé donne des informations complètes et détaillées sur les effets du traitement, ses implications sur la santé et ses limites et s’assure du consentement éclairé de la personne concernée, c’est-à-dire qu’elle a bien compris toutes les informations concernant le traitement et qu’elle souhaite, en connaissance de cause, le suivre.

Lae professionnel·le de santé réalise également une anamnèse complète : un entretien détaillé concernant les antécédents médicaux personnels et familiaux afin d’évaluer les possibles contre-indications au traitement. Enfin, iel prescrit un premier bilan sanguin.  

Lae médecin fixe un second rendez-vous pour analyser les résultats du bilan sanguin. Si les analyses ne montrent aucune contre-indication, lae médecin peut prescrire un traitement hormonal adapté. Iel explique :  

  • la posologie initiale, en fonction des besoins et du mode d’administration choisi (injections, gel) ;
  • les premiers effets attendus et leur délai d’apparition ;
  • les précautions à prendre et les éventuels effets secondaires ;
  • le calendrier de suivi médical.

Pendant la première année de traitement, il est recommandé d’effectuer une analyse de sang tous les trois à six mois pour évaluer l’impact du traitement et procéder à des ajustements si nécessaire.

À partir de la deuxième année, un contrôle tous les 6 mois à un an est suffisant.

Remboursements

Actuellement, le seul produit remboursé en Belgique est le Sustanon. Il s’agit d’un remboursement partiel, qui réduit drastiquement le coût du Sustanon. Pour l’obtenir, il faut se faire prescrire le traitement par un·e endocrinologue (ou un·e urologue). L’endocrinologue (ou l'urologue) joint à la prescription un formulaire de demande de remboursement (qui peut être téléchargé ici) où la mention "dysphorie de genre" sera cochée. Une fois complété, il doit être envoyé à la mutuelle pour obtenir l’accord du·de la médecin-conseil. Cet accord de remboursement est valable 12 mois, et peut ensuite être renouvelé pour 60 mois. Il n'est plus obligatoire d’avoir un M comme mention de genre officielle sur sa carte d'identité pour y avoir accès.

Pour les produits injectables, il faut ajouter au prix des substances les coûts liés aux injections :  

  • les frais médicaux si l’injection est effectuée par un médecin généraliste ;
  • l’achat du matériel d’injection s’il s’agit d’une auto-injection.

Mineur·es

Il n’existe aucune réglementation officielle en Belgique précisant un âge minimal pour commencer un traitement hormonal d’affirmation de genre. C’est donc à chaque médecin d’évaluer, en fonction de son éthique et du dossier médical du·de la jeune patient·e, à quel moment iel peut prescrire un traitement hormonal.  

De nombreux·ses médecins fixent l’âge minimum à 16 ans, sauf pour les jeunes ayant déjà suivi un traitement bloqueur de puberté. Certain·es acceptent de prescrire un traitement hormonal dès l’apparition de la puberté, soit aux alentours de 13 ans, sans nécessairement passer par un bloqueur de puberté.  

Les traitements hormonaux pour les mineur·es sont similaires à ceux des adultes, mais les dosages sont généralement ajustés pour éviter une fatigue excessive et s’adapter au développement physiologique adolescent. Le but est d’assurer une transition en douceur, tout en permettant aux jeunes de trouver leur point de confort.

Bloqueurs de puberté

Les bloqueurs de puberté sont des médicaments permettant de mettre en pause le processus pubertaire. Leur effet est totalement réversible : si le traitement est interrompu, la puberté reprend naturellement. Ils sont prescrits dès les premiers signes de puberté, afin de stopper l’apparition des caractères sexués secondaires comme le développement de la poitrine, les menstruations, le développement de la pilosité faciale et corporelle, la mue de la voix, etc. L’objectif est de laisser aux jeunes le temps d’explorer leur identité de genre sans subir une puberté non désirée. Ce traitement permet de différer la décision de commencer un traitement hormonal d’affirmation de genre tout en évitant des changements corporels souvent irréversibles.

Les bloqueurs de puberté sont administrés par injection intramusculaire, généralement toutes les 12 semaines. Ils sont intégralement remboursés sur prescription médicale. Actuellement, ce suivi est fait majoritairement par des équipes spécialisées au suivi des mineur·es dans des centres hospitaliers.

Les bloqueurs de puberté ne provoquent pas d’effets secondaires graves. Ils nécessitent un suivi de la densité minérale osseuse, et une légère réduction de la vitesse de croissance peut être observée, mais la taille adulte finale n’est pas affectée. En arrêtant le traitement, la puberté reprend normalement et sans complication.

Sources

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